09/01/2005
Mortèbre récit...
- Une auberge n'est jamais aussi mal famée que quand les histoires que l'on y conte sont inquiétantes. Aussi je prie d'avance l'aimable public de ne pas trop vouloir me hair si d'une soirée de feu de cheminée et de dames aguicheuses, j'en dénature l'idée pour amener quelques ombres peu agréables et que j'en tisse mon récit.
L'histoire n'a pas de temps précit mais elle parle d'un manoire dont les actes des vivants ont impregnés les pierres pour des siècles à venir. J'ai vécu parmis eux pendant plus d'une dizaine d'années et le soir il m'est difficile d'oublier le regard de la jeune Lora ou la voix de son frère Saül...
La demeure se cache derrière un épais manteau de neige loin d'içi. Elle se dresse par dessus "Valdor" village dont le nom est une mauvaise plaisanterie au vu de ce qu'il est.
Personne en ce village n'a de sourire et le cimetière semble le lieu le plus agréable tant la sincérité dont fait preuve la mort est chaleureuse dans pareil endroit. Les portes se ferment dès qu'un étranger en franchit l'ombre et nul auberge ne peut vous accueillir. D'ailleurs il est impensable pour n'importe qui d'offrir l'hospitalité et il m'est clair aujourd'hui que l'on a banni le mot du vocabulaire des enfants.
Je vous demanderais de mettre encore quelques buches et de remplir mon verre d'une bière blonde comme le soleil ou la suite du récit ne pourra franchir mes lèvres. Je vous remercie et en regardant le liquide coulé, je ne peux que voir les yeux de Cordelia la mère de Lora dont le regard m'enivra plus que tout autre alcool...
La Famille Mortèbre reignait sur ce petit monde depuis si longtemps que personne ne pouvait se souvenir en avoir entendu une histoire heureuse. On la prétendait parente de quelques démons. On prétendait aussi qu'ils mangeaient les premiers nés pour ne jamais vieillir et qu'ils s'accouplaient avec un abandon impie avec la progéniture de quelques enfers. Je ne pourrais prouver ou incriminer ses dires mais à avoir parcouru les portraits de cette famille, je ne peux que comprendre que quelques gens craintifs aient imaginer le pire. Aucun d'eux ne pourrait attirer la moindre confiance et tous semblent cultiver comme quelques orchidées ce parfum de souffre qui coule à leurs pieds.
Cordelia m'accueilli alors que je n'avais pas dix ans et me caressa d'une main de linceuil immaculé tandis que l'autre ne quittait pas celle d'un enfant au regard aussi troublant que celui de sa mère dont les mains bien qu'encore potelées par la jeunesse semblaient promettre tourments à qui le désirait. Je regardais la mère en déglutissant et la fille en rougissant. Jamais encore ou presque je n'ai de nouveau ressentit cette exitation que l'on éprouve presque sexuelle quand la mort vous regarde.
J'étais venu solliciter leur clémence, étant orphelin, et avait cru bon de ne pas écouter les paroles des villageois. Elle me vit rougir et sans un sourire tira sur ma joue tout en murmurant "Petit coq... Ne t'avise pas de regarder une Mortèbre de ce regard là" Je fus pris d'une cuisante douleur de honte et je baissais les yeux en m'excusant. C'est ainsi que j'entrais dans le manoir des Mortèbres et c'est ainsi que ce soir je peux vous en parler pour y avoir vécu.
Mon verre est déjà vide et vos visages semblent se consummer dans mes mots. Buvons pour chasser le spectre et que mes mots enterrent cette histoire...Mais je serais d'avis de cesser ce récit et d'en apporter d'autres éléments alors que le soleil m'aura inondé et réveiller la vie en moi que parfois il me semble avoir perdu...
Voilà...
Petit récit à suivre si l'audience reste au beau fixe
14:06 Publié dans Textes manuscrits à la machine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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